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16 oct. 2013
JAMES BLAKE
La sirène/La roch..
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NAKHANE

Qui aurait dit que le nouveau messie de l’indie rock nous viendrait d’Afrique du Sud ? Révélation des Trans Musicales de Rennes, Nakhane réenchante une soul expérimentale teintée d’électronique et de subliminales influences africaines. Il lui redonne ses lettres de noblesse, la lave des scories du cynisme ambiant pour lui insuffler une nouvelle et bouleversante profondeur.


Armé d’une voix dont la pureté déchirante rappelle celle d’Anohni – « elle a changé ma vie, au même titre que James Baldwin » avoue t-il – cet artiste polymorphe (acteur, musicien, romancier, poète, auteur-compositeur), né à Alice et grandi à Port-Elizabeth en Afrique du Sud, semble tombé du ciel tellement il captive. Magnétique, son physique androgyne et presque douloureusement juvénile dissimule, sous sa beauté et sa grâce, les affres qui tourmentaient son âme il y a quelques années encore. « Lorsque j’étais chrétien et que, chaque jour, je priais Dieu, je n’éprouvais que haine envers moi-même. Chaque jour de ma vie, j’essayais de toutes mes forces d’être comme les autres, hétérosexuel. J’étais même persuadé que j’arriverais à « guérir » de mon homosexualité. Je vivais constamment dans la peur ; je me contrôlais en permanence. » Seules la musique et les harmonies vocales que ce Xhosa de 29 ans (deuxième ethnie la plus importante d’Afrique du Sud après les Zoulous), issu d’une lignée d’artistes et de musiciens, pratiquait depuis l’enfance avec sa mère, ses soeurs et ses tantes, avaient le pouvoir – proprement magique – de le libérer de son fardeau de honte et d’angoisse. « Sur scène, soudain, je pouvais être exactement qui je voulais. » Un premier album « Brave Confusion », sorti en 2013 dans son pays, évoquait déjà ces tourments et ces paradoxes.


Le second, « You Will Not Die », s’inscrit dans un désir d’émancipation encore plus vaste. Après s’être libéré du regard des autres en faisant son coming out, Nakhane s’affranchit - cette fois en renonçant à sa foi chrétienne - du regard de Dieu. Une décision survenue après avoir fait un rêve, qui lui a inspiré le titre de l’album. « Une nuit, j’ai rêvé qu’une voix me donnait une date, celle de ma mort. Je ne vais pas vous dire laquelle, mais tout d’un coup, moi qui ne vivais que dans la peur du châtiment divin, j’ai eu la certitude que je ne mourrai pas demain, ni dans dix ans. Ç’a été une incroyable libération. J’ai décidé de rattraper le temps perdu, de vivre enfin ma vie. » Renoncer à la prière, ce dialogue psalmodié, quotidien et ininterrompu avec Dieu, signifiait accepter d’être soudain envahi par le silence. Ce vide en soi, aussi vertigineux qu’une dépression, seule sa musique pouvait arriver à le combler. Et c’est ce qui touche si fort, parfois jusqu’aux larmes, dans les morceaux de Nakhane et en fait un artiste alternatif à la fois hors normes et universel. Une capacité à embrasser ce moment d’intense vulnérabilité sans vouloir le domestiquer, le trasher ou le polir à outrance.


Créer une musique audacieuse, tout en restant accessible au point que certains titres sonnent parfois comme des classiques instantanés : telle était la charte de départ de ce disque qu’il a mis beaucoup de temps à élaborer. « J’adore la phrase d’Eric Rohmer, l’un de mes cinéastes préférés, qui a dit : la chose la plus importante pour moi est que les gens aient une réaction émotionnelle à mes films, pas seulement intellectuelle. »


Pour ce faire, Nakhane, artiste méthodique, s’est fixé d’emblée quelques règles. « Je savais que je voulais des sonorités électroniques. A Johannesbourg, on entend plein d’artistes qui se forcent à jouer en acoustique pour avoir l’air plus « authentiques », mais ça ne marche pas. Le son des clubs gay électro me semblait plus vrai. » Composer à l’ordinateur et aux synthés, tout en s’octroyant des allers-retour avec le piano et la guitare acoustique pour garder aux chansons une structure pop, et ne pas se noyer dans les multiples possibilités qu’offre l’électronique, devint vite son mode de création. Tester chaque chanson, à nu, en les interprétant à la guitare acoustique, fut l’étape suivante. Enfin vint le temps des arrangements à Londres, avec l’habile Ben Christophers, producteur entre autres de Bat For Lashes. Avec l’idée maîtresse et commune aux deux complices de se permettre toutes les folies expérimentales, de ne se plier à aucun compromis. « Etre incroyablement artistique et totalement honnête avec soi, » résume Nakhane, « tout en privilégiant l’émotion et l’énergie. Ce qui était parfois douloureux, car cela pouvait vouloir dire supprimer une partie de piano trop parfaite… Mais si je n’éprouve pas d’émotion, comment pourrais-je la transmettre aux autres ? » Comme il le dit avec humour : « Trauma, but make it fashion ! »


Au final, on reste saisi par la beauté quasi liturgique de « Violent Measures », avec ses choeurs fraternels et la voix désarmée, cristalline ; l’urgence cadencée, haletante et électrisante de « Clairvoyant », dont le titre est emprunté à une phrase de Jean Cocteau dans « Les enfants terribles » (« L’amour les avait rendus clairvoyants »). Il en va de même pour l’aérienne fragilité de la ballade au piano « You Will Not Die » ; la langueur à la fois sensuelle et spirituelle de « Presbyteria », au format classique, quasi pop, qui décrit l’ambiance de la première église fréquentée par le jeune Nakhane à Alice ; l’atmosphère oppressante et magique de « The Dead » - avec ses guitares blues et ses choeurs mystérieux - où l’auteur évoque ses ancêtres Xhosa. Arrivent enfin la ferveur soul communicative de « Star Red », hommage à sa grand-mère (« Une rebelle à sa religion, qui fut l’une des premières personnes à me dire de vivre comme je l’entendais ») ; l’ambiance légère et insouciante, presque de comédie musicale aux beats électro, de « By the Gullet » ; et le point d’orgue sublime que constitue « Teen Prayer ». On y décèle en filigrane les influences musicales qui l’ont bercé, enfant, et l’ont constitué en tant que musicien : les comédies musicales américaines, Marvin Gaye, Nina Simone, Ahnoni, David Bowie, Busi Mhlongo, Simphiwe Dana, Mbongwana Star, TkZee… Sur son édition deluxe, d’ailleurs, Nakhane côtoie l’une de ces figures sur « New Brighton » - un titre aux touches world matinées de pop, qu’il interprète dans la veine d’une Peter Gabriel aux côtés de la chanteuse britannique Anohni. S’enchainent également des inédits, avec « Age Of Consent », « Hey Lover », « Medicine » et « Sweet Thing »…


Avec sa pop electro-sensible et incarnée, Nakhane continue sa conquête des coeurs et s’impose décidemment comme un artiste sud-africain au potentiel de star planétaire.